Ma charte IA

En résumé

  • J’utilise l’IA comme assistante (recherche, brainstorming, feedback) et pour pré-traduire des textes. Jamais pour rédiger à ma place, ni pour la correction et l’adaptation de textes.
  • Je ne souhaite pas réviser des textes 100 % rédigés par l’IA. Rien ne remplace la réflexion humaine, de mon côté comme du vôtre.
  • Je ne rédige pas de textes destinés uniquement à être scannés par des outils IA.

Pourquoi cette charte ?

« Comment utilises-tu l’IA ? » Cette question, mes clients et bien d’autres me la posent de plus en plus souvent, avec des intentions di érentes. Curiosité, précaution (je veux savoir pour quoi je paie), voire même volonté de collaborer avec un·e professionnel·le tourné·e vers l’IA, dans l’espoir de réduire le temps de travail et donc le budget.

Cette charte sert à vous expliquer en toute transparence dans quelles parties de mes processus de travail intervient l’IA, ce que je ne lui délègue pas et le type de demandes que je refuse.

Ni rejet total, ni adoption aveugle

Je suis rarement une early adopter, mais quand Chat-GPT a été lancé en novembre 2022, il ne m’a pas fallu deux mois pour tester ce nouvel outil qu’on annonçait révolutionnaire. Depuis, j’ai testé

l’IA de plein de manières di érentes et aujourd’hui, j’ai trouvé en quoi elle fonctionne parfaitement pour moi et là où elle a moins d’intérêt.

Outre l’efficacité, deux éléments guident mes choix :

Premièrement, les effets néfastes avérés de l’IA sur le cerveau. Plusieurs études ont démontré que l’IA ‘pourrit’ littéralement nos cellules grises. Dès qu’on commence à l’utiliser, les connexions neuronales diminuent et notre cerveau devient de plus en plus paresseux. À l’époque de la publication de ces premières études, je testais l’IA de manière plus intensive et leurs résultats concordaient avec mon propre ressenti : brouillard mental, tendance grandissante à vouloir tout demander à l’IA… J’ai compris que mon cerveau était mon bien le plus précieux et que si je voulais le préserver, j’avais tout intérêt à freiner mon utilisation de l’IA.

Deuxièmement, je suis parfaitement consciente des enjeux éthiques et environnementaux autour de l’IA. C’est pourquoi j’ai fait certains choix conscients :

    • J’utilise un outil français, Mistral, pour stimuler l’industrie européenne (même s’ils utilisent aussi des infrastructures non-EU).
    • J’utilise l’IA de manière raisonnée : uniquement pour des recherches professionnelles ou privées plus complexes, difficile à obtenir par une simple recherche Google.

Ce que je délègue ou non à l’IA

1. En création de contenu

Comment j’utilise l’IA

    • Assistante dans mes recherches : en lui demandant toujours de citer ses sources et en recoupant l’information qu’elle me fournit.
    • Vulgarisatrice : pour comprendre certains concepts quand je travaille sur des sujets nouveaux.
    • Aide pour imaginer des titres percutants.
    • Outil de feedback : j’invite l’IA à jeter un œil critique sur mes écrits, trouver les points faibles, analyser le SEO, vérifier la grammaire…

Comment je n’utilise pas l’IA

Je n’utilise jamais l’IA pour générer un premier brouillon de texte. J’ai essayé plusieurs fois après avoir suivi une formation sur la rédaction avec l’IA. J’avais préparé de longs prompts avec un briefing complet. Malgré tout, cette approche s’est avérée peu e icace pour les textes longs.

Pourquoi ?

    • Rédiger les prompts/briefings prenait beaucoup de temps.
    • Pour vérifier le travail de l’IA, je devais effectuer tout le travail de réflexion qui précède la rédaction en ‘marche-arrière’ : l’IA avait-elle sélectionné les bonnes infos parmi les sources ? Avait-elle fait les bons liens entre ces infos ? Or, c’est cette réflexion qui prend le plus de temps dans le processus rédactionnel.
    • Adapter a posteriori le style pour qu’il sonne plus naturel, etc. est extrêmement difficile sur un texte IA.

Exception : le short copy (textes courts). Si j’ai rédigé une page ou un article, il m’arrive d’utiliser l’IA pour proposer des posts pour les réseaux sociaux destinés à promouvoir ces textes. Comme tout le travail de réflexion a été fait, j’arrive immédiatement à sélectionner la ou les propositions qui reflètent le mieux le contenu et améliorer la proposition se fait en un clin d’œil.

Les demandes que je refuse

    • Rédiger des textes uniquement destinés à être scannés par des IA.

Cas concret

Un jour, un prospect m’a demandé d’e ectuer une mission-test. Il s’agissait de rédiger le texte d’une page web présentant une catégorie de produits.

En effectuant le travail, j’ai réalisé que le texte allait être situé tout en bas de la page, sous des dizaines de produits. Personne n’allait scroller aussi loin. D’ailleurs, ce n’était pas le but : après vérification, le client m’a confirmé que le texte servait avant tout à être scanné par les robots de Google, pour que la page en question soit mieux répertoriée dans ses résultats. Je ne voyais pas la valeur ajoutée d’un humain dans cette mission et j’ai refusé de poursuivre le travail pour ce client.

2. En traduction

Comment j’utilise l’IA

La traduction est la partie de mon travail pour laquelle j’utilise le plus l’IA. Au lieu de tout traduire manuellement, je procède à un ‘Machine translation post-editing’ (MTPE). Voici mon processus de travail :

    • Je passe vos textes par Deepl pro, qui génère une traduction déjà fort correcte (avec un impact environnemental bien moindre qu’avec un LLM comme Chat-GPT, Mistral etc., et en évitant tout risque d’« hallucination »).

    • Je place les deux versions côte à côte, puis je rectifie les erreurs, améliore la tournure des phrases, adapte toutes les traductions trop littérales et cherche des équivalents francophones pour les références législatives, culturelles et autres non pertinentes pour un public francophone.

    • J’utilise Mistral comme assistant de recherche et de vulgarisation, mais aussi pour m’aider à trouver le bon adjectif ou la bonne expression si je bloque.

Pourquoi j’automatise mes traductions et pas mes rédactions ?

Parce que ce sont deux types de travail totalement di érents. La rédaction, le copywriting exigent un travail de recherche, réflexion et structuration préalable qui pour moi, est difficilement remplaçable par une IA.

Alors que quand on traduit un texte rédigé, ou au moins retravaillé en profondeur par un humain, on part d’une bonne matière première. Lors de la traduction, on peut se concentrer sur la forme. Deepl m’enlève pratiquement tout le travail de recherche et il ne reste plus que la partie la plus intéressante et la plus créative : les passages que l’IA n’a pas compris, les jeux de mots qu’elle n’a pas su traduire. En traduction, à mes yeux, l’IA permet de gagner énormément de temps et est donc efficace.

Et c’est essentiel, car les tarifs en traduction n’ont plus évolué depuis une dizaine, voire une quinzaine d’années. Aujourd’hui, pour moi, traduire sans IA n’a plus de sens et n’est plus rentable. Sans l’IA, je ne pourrais tout simplement plus proposer de services de traduction.

La réalité du secteur de la traduction aujourd’hui

Mises sous pression, beaucoup d’agences de traduction proposent un tarif plus bas pour ce ‘Machine translation post-editing’ (MTPE). Pour vous, cela semble une bonne nouvelle.

La réalité derrière, c’est qu’à ce tarif dégradé, le traducteur ne peut plus vivre de son métier, à moins de vérifier et de corriger d’énormes volumes de texte par jour. Le travail devient monotone et abrutissant, ce qui peut finir par nuire à la qualité. À cause de cette nouvelle donne, beaucoup de traducteurs – y compris, malheureusement, d’excellents professionnels – sont en train de quitter le métier.

Conseils

    • Me livrer un texte en français, que vous avez tout simplement passé par un outil IA, est inutile. Il suffit de me livrer la version originale et je me charge du reste.
    • Budget limité ? Déterminez quels textes sont d’une importance stratégique pour vous, et faites traduire ceux-là par un bon traducteur professionnel. Pour les autres, peut-être que la relecture d’une traduction IA par un collègue peut su ire ?
    • Choisissez bien avec qui vous collaborez : demandez un portfolio, testez le traducteur avant de lui confier un travail important et faites vérifier le texte par une personne dont la langue cible est la langue natale. En cas de doute, passez vous-même votre texte par Deepl et comparez avec le résultat reçu. Si les textes sont extrêmement similaires, vous savez à quoi vous en tenir.

3. En editing (correction & adaptation de textes)

Comment j’utilise l’IA

    • En cas de doute sur la grammaire d’une phrase, si je n’ai pas trouvé la réponse via une recherche Google.

    • Vulgarisatrice : elle m’aide à comprendre certains termes et concepts quand les textes que je corrige et/ou adapte portent sur des sujets nouveaux.

Comment je n’utilise pas l’IA

Je ne fais jamais réaliser le travail d’editing à ma place par une IA. Le risque d’erreurs et/ou de ce qu’on appelle « hallucinations » de la part de l’IA est trop grand. L’editing est, à mes yeux, une tâche résolument humaine.

Cas concret

Si vous avez des quantités de texte importantes à réécrire, cela change la donne. Il m’est arrivé de collaborer à un grand projet de réécriture de textes pour une administration. Le volume de travail était tel que nous avons proposé de créer et entraîner un agent IA pour que peu à peu, il puisse restructurer et réécrire lui-même les pages en partie.

Cette mise en place impliquant un travail conséquent, cela ne vaut la peine que si vous avez un grand volume de texte à corriger de manière similaire, et des personnes patientes pour la relecture finale.

Les demandes que je refuse

Je ne souhaite pas corriger/adapter des textes 100 % générés par l’IA.

Pourquoi ? Parce que je peux facilement reformuler une phrase contenant une vraie idée et juste mal exprimée. Mais je ne peux pas rattraper une phrase formulée de manière parfaitement correcte, mais contenant du vide.

Cas concret

Récemment, un client a fait appel à moi pour un travail d’editing sur son rapport annuel. Dès la première page, j’ai compris que tous les textes avaient été rédigés par une IA. Phrases bateau, mots creux, répétitions incessantes…

Pire : le rapport devait obligatoirement contenir certains points, mais le client n’avait pas toujours fourni de données pour chaque point. Dès que c’était le cas, l’outil IA avait « comblé le vide » de phrases sans queue ni tête et bien évidemment, sans aucune info concrète.

Le client ne m’avait pas informée à l’avance et à part retirer un maximum de répétitions et indiquer là où les infos étaient manquantes, je n’ai pas pu faire grand-chose.

Dorénavant, je demande une transparence sur l’utilisation de l’IA de la part de mes clients et je refuse ce type de travail.

4. Dans la création de formations

Outre mes activités rédactionnelles, je suis également formatrice en copywriting, storytelling et plus généralement tout ce qui touche aux compétences rédactionnelles. À deux reprises, j’ai entièrement créé des formations. Alors que se passe-t-il si vous me demandez une formation sur mesure ?

Comment j’utilise l’IA

    • Comme outil de brainstorming, tout au long du processus.
    • Pour m’aider à mettre au point des exercices pertinents.

Comment je n’utilise pas l’IA

    • Pour générer des présentations toutes faites : mêmes raisons que pour la création de contenu.
    • Pour générer des visuels : je n’aime pas les visuels créés par l’IA et aboutir au bon visuel prend trop de temps, de prompts et donc d’énergie.

Et la confidentialité dans tout ça ?

Bonne question ! Voici ce que vous devez savoir :

    • En tant qu’entreprise européenne, Mistral respecte le RGPD pour la protection des données de ses utilisateurs. Elle n’utilise pas nos échanges pour s’entraîner, sauf si je lui donne explicitement mon accord (ce qui n’est pas le cas).
    • DeepL Pro est également soumise au RGPD. L’entreprise garantit de ne jamais stocker de textes, ils sont automatiquement supprimés après la traduction. Les traductions sont traitées par sa propre infrastructure, située dans l’Espace économique européen.
    • Je ne télécharge de toute façon aucun fichier ni aucune donnée sensible ou d’ordre confidentiel, ni dans Mistral, ni dans Deepl.

Conclusion

Voilà, vous savez tout sur mon utilisation de l’intelligence artificielle. L’IA m’est d’une aide précieuse au quotidien, mais je ne l’utilise que là où elle me fait gagner du temps et non en perdre.

De mon côté, je vous demande la même transparence : à quoi serviront vos textes, et comment ont-ils été rédigés ? En échange, je vous promets qu’un cerveau et une plume humaine sont à la barre de tout ce que je vous livre. Je ne vous servirai jamais de textes génériques coproduits par l’IA, ni de traductions dont vous ne voyez pas la valeur ajoutée par rapport à l’IA.

Si ce deal éthique et les convictions derrière vous parlent, nous sommes faits pour collaborer !